Le début de la fin ou la fin du début ?

En toute logique, sur un site comme celui-là (le mien parait-il), je devrais commencer l’édito par : « Du neuf pour la rentrée 2008 ! » et poursuivre par la liste des nombreux projets… Histoire d’accrocher d’emblée les acheteurs potentiels. Se vendre, être professionnel !
Sincèrement, je n’en ai aucune envie. Déjà, au siècle dernier (vous vous rappelez : les années Mitterrand/Tapie), on en a soupé du « soyons entreprenants, professionnels et rentables ». De cette historique capitulation idéologique devant la société marchande, on récolte les fruits aujourd’hui : Sarkozisme, Bushisme, Berlusconisme, bref, le libéral crétinisme qui nous dépouille petit à petit de tout ce qui permet de qualifier une société d’humaine.
Du coup, le pouvoir a besoin des artistes dans son opération de marketing : un zeste d’humanité mis en exergue pour cacher la déshumanisation accélérée de nos rapports sociaux, nos manières de travailler et de nous déplacer ainsi que notre cadre de vie. Une œuvre d’art contemporain le long de la rocade, un musicien dans ce centre de soins palliatifs, des clowns dans ce camp de réfugiés et des conteurs dans les bus des cités…
Y a du boulot pour vous les artistes ! De notre coté, nous continuons à piller, exploiter ou détruire pour notre plus grand profit et vous aurez des miettes si vous nous aidez à faire passer la pilule… Certains appellent cela mécénat.

Aujourd’hui, j’en ai assez de faire comme si de rien n’était. Parce que quelque chose a basculé avec le nouveau siècle : c’est le début de la fin ! Et oui, le monde était fini et on ne s’en était pas rendu compte malgré les cris d’alarme lancés depuis les années 60. Eau, pétrole, air, forêt, espace, tout est limité et notre immense avidité commence à arriver au bout. Grands singes, éléphants, plantes rares et aujourd’hui abeilles disparaissent.
Jusqu’alors l’humanité vivait. Maintenant commence l’ère de la survie. D’ailleurs les charognards sont là, à l’œuvre. Ils ont commencé leur travail de dépouillement systématique des sociétés humaines de tout ce qui peut encore avoir de la valeur. Vite avant la destruction complète de la forêt amazonienne, brevetons les molécules actives des plantes médicinales indigènes ! Les multinationales déploient leurs tentacules des sphères de pouvoir à la plus perdues des pampas argentines. Le bal des vautours a commencé et notre immense avidité l’alimente.
Pour masquer ce cynique et sinistre jeu, on communique à tout va. Pour votre sécurité, pour votre pouvoir d’achat, pour votre avenir… on ne veut que votre bien (le terrible aveu !). Grenelle, Kyoto, l’écran de fumée du développement durable est déployé par les professionnels du marketing aidés des lobbyistes soutenus par moult avocats sans scrupule qui brandissent abondance de rapports approximatifs de scientifiques sans conscience, tous n’oubliant jamais qui les paye.
Tandis qu’une nouvelle noblesse et leurs fidèles serviteurs se partagent allègrement la planète, leurs petits roitelets agitent leur gourmettes dans les tribunes de l’ONU ou les shows télé : « Vous aussi si vous travaillez plus vous pourrez vous payer une Patek Phillipe ! »

Hum… J’ai soudainement conscience que je suis peut-être un peu déprimant ! Victime de la paranoïa généralisée…
Mais non, il y a, heureusement, une autre manière de voir les choses ! (Miledieu, ça va être costaud de remonter la pente jusqu’au beau fixe !) Voyons qu’est ce que je pourrais trouver… Ah, oui, c’est déjà dans le titre : le début de la fin pourrait être aussi la fin du début… C’est-à-dire le passage pour l’humanité d’une espèce d’enfance – voire en ce moment une adolescence un peu inconsciente – à un âge plus apaisé et plus sage. Ce n’est pas que notre immense avidité va s’éteindre. Tous les hommes la connaissent, elle est simplement un formidable appétit qui est nécessaire pour vraiment s’amuser dans le flux ininterrompu de la vie. Les déboires commencent quand on croit nécessaire de figer ou de saisir les choses pour se rassurer. Vouloir posséder une BMW, un territoire, un théâtre, un homme ou une femme, une réputation, une œuvre, un vignoble, un titre ou une Patek Philippe procède de la même peur fondamentale devant notre finitude.
Une fois saisie toute chose est perdue. Le temps est pris à protéger ou agrandir, isoler ou exhiber, mettre en valeur et le plus souvent brandir. Brandir sa virilité, son origine, son passé, son honneur, son bonheur, sa foi, sa bonne foi, son bien, son mal, sa souffrance, son aversion, son ambition, sa légitimité, son talent, sa bonne conscience. Et si c’était le début de la fin de ces trucs de gamins attardés ? Tout lâcher : nos prétentions à être ceci ou cela, nos peurs à être ceci ou cela, notre maladie à toujours bien distinguer le ceci du cela, nos bannières, nos étendards, nos moi je… (Moi, je suis pour !)
D’ailleurs, il est trop tard pour tergiverser. L’ère de la survie pourrait nous obliger à faire ce saut. Laisser enfin la vieille histoire et toutes ces bagarres de cour de récréation. Voir simplement ce que l’on peut faire ensemble pour s’en sortir joyeusement. En tant que conteur, j’espère participer un peu de ce « joyeusement », mais qu’on ne me parle plus de lien social ou je vous étrangle avec !
Sinon, il y a quand même des nouveautés et des projets, on n’est pas si aigris (même si dans la compagnie 2 intermittents sur trois ont perdu leur statut). On continue mais « plan plan Jeannette », un rythme d’humain quoi. Allez tiens, j’ai déjà trop causé, salut les humains ! Amusez-vous bien. Si c’est la fin du début, on ne devrait pas tarder à entrer dans le vif du sujet…

Marco Bénard

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