Fini la langue de bois!

Bon soyons francs, je n’ai jamais aimé me vendre en tant que conteur. Parler, communiquer, échanger des infos ok… Passer des heures sur un écran pour faire des dossiers rutilants ou un site qui décoiffe, je l’ai fait (c’était au siècle dernier), mais aujourd’hui, je vois plus trop l’intérêt. Et il y a tant d’autres choses qui me paraissent futiles…

S’orienter dans les axes écrits d’une charte culturelle, même pétrie de bonnes intentions. Vanter sa différence, faire mousser ses réalisations et commencer à tourner partout pour parler à tous de merveilleuses histoires de rencontres et de partage, avant d’aller se coucher dans sa chambre d’hôtel. Serrer la main d’un politique la bouche pleine de « tissons du lien social » et finalement il ne reste pas – vous comprenez, j’ai autre chose…

Mais je crois que j’ai déjà assez parlé de tout ça il y a quelques mois (voir Le début de la fin ou la fin du début ?), par contre comment faire autrement ou différemment ? D’abord, saluons la multiplicité des initiatives qui vont dans la direction du décloisonnement, de la convivialité, de l’ouverture. Marche des conteurs, contes à domicile, conteurs cheminant en roulotte… plus que jamais il existe une envie forte de dépasser les clivages : spectacle et vie quotidienne, artiste et « non artiste », poésie et travail… C’est une tendance de fond, et pas seulement chez les conteurs, mais tous les artistes et au delà tous les humains modernes. Nous sommes allés tellement loin dans le découpage matérialiste de nos existences (pour de très bonnes raisons d’efficacité, de sécurité ou de rentabilité) que nous cherchons tous à retrouver une unité qui nous semble perdue.

On parle parfois de réenchanter le monde. Ce fut d’ailleurs un slogan du Medef. Les patrons communiquaient sur la magie, l’émotion, le merveilleux, tandis qu’au même moment les artistes fantasmaient sur l’Usine, les Abattoirs, la Manufacture et les Apprentis… Réenchanter le monde ? Dur boulot pour Union Carbyde, AZF, Total ou Monsanto. Les artistes sont ils mieux placés ? Sûrement pas s’ils se cantonnent au rôle de crème adoucissante pour faire supporter l’insupportable comme prévu à l’article 27, alinéa 3 de la Charte de développement (durable bien sûr).

Les choses ne se passent pas tout à fait comme dans les films de Disney. Il semble que le monde ne se réenchante pas sur commande. Même avec un budget à plusieurs millions d’euros et de méga effets spéciaux… Chacun le sent bien, seul notre regard doit se transformer. Un basculement d’un point de vue limité, confortable, habituel et rassurant, à un non-point de vue multidimensionnel, inconnu et terriblement mouvant. Comme si un tapis était brusquement tiré de sous nos pieds et qu’il n’y avait même pas de plancher en dessous. La réalité toute seule se charge déjà de jouer ce rôle (vous avez remarqué comme le tapis bouge ?)

Alors à quoi servent les artistes ? A rien, absolument rien. Décevant ? Non, parce que débarrassé de l’idée d’un rôle à jouer, ou même celle d’être un artiste, sans intention, tout acte, toute parole, tout geste, touchent à l’universel et deviennent poésie pure. L’art et la vie sont uns. Le pleur, le cri, la félicité, la rencontre, l’émotion, le rire et la perplexité… Goûter sans filtre toutes les vagues de ce flux incessant. Devenir ce flux ; passer du je au jeu !

Marco

PS : Petit à petit, on décroît : fermeture des bureaux cette semaine. Adieu l’Escola ! On y a bien joué. Plus de secrétaires, aucun chargé de diffusion, le téléphone 05 63 64 95 74 qui disparaît et d’ici deux ans ce sera le tour du mobile. Après, peut-être la compagnie va se dissoudre et restera, pourquoi pas, ce site ou bien une simple adresse postale ? Juste le minimum nécessaire pour les contacts. Tout le reste se vit et se fait sans discours. Quant au nouveau, il est en train de mûrir… Chut ! Mais n’hésitez pas à écrire.

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