Edito

… et dis tôt?

Des arbres et des poètes…


Reçu de ma fille, aujourd’hui, cette phrase d’Andrée Chédid : « Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui -sans parole aucune- se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à la voix d’un ami. »

Rien à ajouter. Sinon, comme quand un papillon se pose sur ma main, merci !

Lu en couverture de La Scène : « Dossier jeunes artistes : émergence et développement de carrière .» Ironie du sort, le petit village où je vis est sous la menace d’un projet de carrière de 50 hectares. Qui peut sincèrement rêver d’une carrière ? Creuser un filon pour faire de bons produits pour le marché culturel ou celui des travaux publics. Ainsi s’impose la modernité, en concassant les artistes comme les paysages…

Vu à la Géode en « 3D et son surround »,  « Les ailes du courage », le film de Jean Jacques Annaud sur Guillaumet, crashé avec son zinc sur la Cordillère, qui sauve sa vie et le courrier ! Rien à dire sur la qualité cinématographique ou les prouesses techniques, mais je suis sorti de là avec un vague malaise comme après un trop copieux repas. Et une certitude s’est faite : un bon comédien, mime ou conteur qui nous aurait raconté, avec sa voix et tout son cœur, la même (prodigieuse) histoire m’aurait laissé plus enivré, plus remué et mieux nourri, mais sans cette nausée propre à l’overdose de stimulus sensoriel.

Le conte, c’est la richesse de la simplicité. A quoi bon des effets spéciaux quand chaque auditeur fait le boulot avec délice dans la bourrasque de neige des Andes qui pique le visage. De ce point de vue, les effets spéciaux, c’est un peu la déforestation de l’imaginaire !

Écoutons des histoires, plantons des arbres dans nos espaces intérieurs!

Marco

PS : très bon accueil et beaucoup de rires en Belgique pour la première des White Spirit en salle (« Au Goût d’Autre Chose » à Namur). Prochaine étape : le festival Spirale dans le Gers, à Pentecôte, très probablement sous un arbre !

Et toujours de nouveaux épisodes des White Spirit en vidéo. Merci Gyohm !

Ne circulez pas ! Il y a quelque chose à voir !

Après quelques éditos un peu désabusés sur l’état désespérant de la culture et du monde, (sans doute pour masquer le manque de fraîcheur de notre site internet), voici du changement : il y a enfin du NOUVEAU ! en savoir plus »

Fini la langue de bois!

Bon soyons francs, je n’ai jamais aimé me vendre en tant que conteur. Parler, communiquer, échanger des infos ok… Passer des heures sur un écran pour faire des dossiers rutilants ou un site qui décoiffe, je l’ai fait (c’était au siècle dernier), mais aujourd’hui, je vois plus trop l’intérêt. Et il y a tant d’autres choses qui me paraissent futiles…

S’orienter dans les axes écrits d’une charte culturelle, même pétrie de bonnes intentions. Vanter sa différence, faire mousser ses réalisations et commencer à tourner partout pour parler à tous de merveilleuses histoires de rencontres et de partage, avant d’aller se coucher dans sa chambre d’hôtel. Serrer la main d’un politique la bouche pleine de « tissons du lien social » et finalement il ne reste pas – vous comprenez, j’ai autre chose…

Mais je crois que j’ai déjà assez parlé de tout ça il y a quelques mois (voir Le début de la fin ou la fin du début ?), par contre comment faire autrement ou différemment ? D’abord, saluons la multiplicité des initiatives qui vont dans la direction du décloisonnement, de la convivialité, de l’ouverture. Marche des conteurs, contes à domicile, conteurs cheminant en roulotte… plus que jamais il existe une envie forte de dépasser les clivages : spectacle et vie quotidienne, artiste et « non artiste », poésie et travail… C’est une tendance de fond, et pas seulement chez les conteurs, mais tous les artistes et au delà tous les humains modernes. Nous sommes allés tellement loin dans le découpage matérialiste de nos existences (pour de très bonnes raisons d’efficacité, de sécurité ou de rentabilité) que nous cherchons tous à retrouver une unité qui nous semble perdue.

On parle parfois de réenchanter le monde. Ce fut d’ailleurs un slogan du Medef. Les patrons communiquaient sur la magie, l’émotion, le merveilleux, tandis qu’au même moment les artistes fantasmaient sur l’Usine, les Abattoirs, la Manufacture et les Apprentis… Réenchanter le monde ? Dur boulot pour Union Carbyde, AZF, Total ou Monsanto. Les artistes sont ils mieux placés ? Sûrement pas s’ils se cantonnent au rôle de crème adoucissante pour faire supporter l’insupportable comme prévu à l’article 27, alinéa 3 de la Charte de développement (durable bien sûr).

Les choses ne se passent pas tout à fait comme dans les films de Disney. Il semble que le monde ne se réenchante pas sur commande. Même avec un budget à plusieurs millions d’euros et de méga effets spéciaux… Chacun le sent bien, seul notre regard doit se transformer. Un basculement d’un point de vue limité, confortable, habituel et rassurant, à un non-point de vue multidimensionnel, inconnu et terriblement mouvant. Comme si un tapis était brusquement tiré de sous nos pieds et qu’il n’y avait même pas de plancher en dessous. La réalité toute seule se charge déjà de jouer ce rôle (vous avez remarqué comme le tapis bouge ?)

Alors à quoi servent les artistes ? A rien, absolument rien. Décevant ? Non, parce que débarrassé de l’idée d’un rôle à jouer, ou même celle d’être un artiste, sans intention, tout acte, toute parole, tout geste, touchent à l’universel et deviennent poésie pure. L’art et la vie sont uns. Le pleur, le cri, la félicité, la rencontre, l’émotion, le rire et la perplexité… Goûter sans filtre toutes les vagues de ce flux incessant. Devenir ce flux ; passer du je au jeu !

Marco

PS : Petit à petit, on décroît : fermeture des bureaux cette semaine. Adieu l’Escola ! On y a bien joué. Plus de secrétaires, aucun chargé de diffusion, le téléphone 05 63 64 95 74 qui disparaît et d’ici deux ans ce sera le tour du mobile. Après, peut-être la compagnie va se dissoudre et restera, pourquoi pas, ce site ou bien une simple adresse postale ? Juste le minimum nécessaire pour les contacts. Tout le reste se vit et se fait sans discours. Quant au nouveau, il est en train de mûrir… Chut ! Mais n’hésitez pas à écrire.

Du neuf pour 2009

Que vous souhaiter de mieux pour 2009 sinon du neuf ? Enfin du neuf !

Attention, pas un ordinateur, une voiture ou une chemise ! Parce que ce neuf là ne le reste pas très longtemps.

Non, je vous souhaite… ou plutôt, je nous souhaite (autant faire partie du lot), un regard neuf ! Une écoute, une présence, une attention neuve ! Plus facile à dire qu’à faire sans doute, mais pourtant !

Marchons sur une plage sauvage et déserte, découvrons une ville exotique, rencontrons une personne inconnue et nous voilà complètement présent, ouvert. Nous pensons alors que pour que la vie soit passionnante, il faut sans cesse quelque chose de nouveau. Et c’est le début de la course effrénée.

Parfois, quand on est un peu fatigué de courir, on s’assied pour la mille et unième fois sur ce petit banc du square en face de chez nous et quelque chose bascule. Un vol de pigeon, un klaxon, un cri d’enfant… et soudain notre monologue intérieur s’effondre sur lui-même. Se dévoile alors un immense silence… neuf où notre attention se déploie naturellement… neuve et tout ce qu’elle rencontre est… neuf !

C’est ce genre de neuf que je souhaite à tous pour 2009 !

Marco

PS : Et le neuf dans les histoires, les spectacles et le site Internet ? Ok, je reconnais être un peu lent, mais revenez au printemps et je vous parie que vous n’en croirez pas vos yeux neufs !

Le début de la fin ou la fin du début ?

En toute logique, sur un site comme celui-là (le mien parait-il), je devrais commencer l’édito par : « Du neuf pour la rentrée 2008 ! » et poursuivre par la liste des nombreux projets… Histoire d’accrocher d’emblée les acheteurs potentiels. Se vendre, être professionnel !
Sincèrement, je n’en ai aucune envie. Déjà, au siècle dernier (vous vous rappelez : les années Mitterrand/Tapie), on en a soupé du « soyons entreprenants, professionnels et rentables ». De cette historique capitulation idéologique devant la société marchande, on récolte les fruits aujourd’hui : Sarkozisme, Bushisme, Berlusconisme, bref, le libéral crétinisme qui nous dépouille petit à petit de tout ce qui permet de qualifier une société d’humaine.
Du coup, le pouvoir a besoin des artistes dans son opération de marketing : un zeste d’humanité mis en exergue pour cacher la déshumanisation accélérée de nos rapports sociaux, nos manières de travailler et de nous déplacer ainsi que notre cadre de vie. Une œuvre d’art contemporain le long de la rocade, un musicien dans ce centre de soins palliatifs, des clowns dans ce camp de réfugiés et des conteurs dans les bus des cités…
Y a du boulot pour vous les artistes ! De notre coté, nous continuons à piller, exploiter ou détruire pour notre plus grand profit et vous aurez des miettes si vous nous aidez à faire passer la pilule… Certains appellent cela mécénat.

Aujourd’hui, j’en ai assez de faire comme si de rien n’était. Parce que quelque chose a basculé avec le nouveau siècle : c’est le début de la fin ! Et oui, le monde était fini et on ne s’en était pas rendu compte malgré les cris d’alarme lancés depuis les années 60. Eau, pétrole, air, forêt, espace, tout est limité et notre immense avidité commence à arriver au bout. Grands singes, éléphants, plantes rares et aujourd’hui abeilles disparaissent.
Jusqu’alors l’humanité vivait. Maintenant commence l’ère de la survie. D’ailleurs les charognards sont là, à l’œuvre. Ils ont commencé leur travail de dépouillement systématique des sociétés humaines de tout ce qui peut encore avoir de la valeur. Vite avant la destruction complète de la forêt amazonienne, brevetons les molécules actives des plantes médicinales indigènes ! Les multinationales déploient leurs tentacules des sphères de pouvoir à la plus perdues des pampas argentines. Le bal des vautours a commencé et notre immense avidité l’alimente.
Pour masquer ce cynique et sinistre jeu, on communique à tout va. Pour votre sécurité, pour votre pouvoir d’achat, pour votre avenir… on ne veut que votre bien (le terrible aveu !). Grenelle, Kyoto, l’écran de fumée du développement durable est déployé par les professionnels du marketing aidés des lobbyistes soutenus par moult avocats sans scrupule qui brandissent abondance de rapports approximatifs de scientifiques sans conscience, tous n’oubliant jamais qui les paye.
Tandis qu’une nouvelle noblesse et leurs fidèles serviteurs se partagent allègrement la planète, leurs petits roitelets agitent leur gourmettes dans les tribunes de l’ONU ou les shows télé : « Vous aussi si vous travaillez plus vous pourrez vous payer une Patek Phillipe ! »

Hum… J’ai soudainement conscience que je suis peut-être un peu déprimant ! Victime de la paranoïa généralisée…
Mais non, il y a, heureusement, une autre manière de voir les choses ! (Miledieu, ça va être costaud de remonter la pente jusqu’au beau fixe !) Voyons qu’est ce que je pourrais trouver… Ah, oui, c’est déjà dans le titre : le début de la fin pourrait être aussi la fin du début… C’est-à-dire le passage pour l’humanité d’une espèce d’enfance – voire en ce moment une adolescence un peu inconsciente – à un âge plus apaisé et plus sage. Ce n’est pas que notre immense avidité va s’éteindre. Tous les hommes la connaissent, elle est simplement un formidable appétit qui est nécessaire pour vraiment s’amuser dans le flux ininterrompu de la vie. Les déboires commencent quand on croit nécessaire de figer ou de saisir les choses pour se rassurer. Vouloir posséder une BMW, un territoire, un théâtre, un homme ou une femme, une réputation, une œuvre, un vignoble, un titre ou une Patek Philippe procède de la même peur fondamentale devant notre finitude.
Une fois saisie toute chose est perdue. Le temps est pris à protéger ou agrandir, isoler ou exhiber, mettre en valeur et le plus souvent brandir. Brandir sa virilité, son origine, son passé, son honneur, son bonheur, sa foi, sa bonne foi, son bien, son mal, sa souffrance, son aversion, son ambition, sa légitimité, son talent, sa bonne conscience. Et si c’était le début de la fin de ces trucs de gamins attardés ? Tout lâcher : nos prétentions à être ceci ou cela, nos peurs à être ceci ou cela, notre maladie à toujours bien distinguer le ceci du cela, nos bannières, nos étendards, nos moi je… (Moi, je suis pour !)
D’ailleurs, il est trop tard pour tergiverser. L’ère de la survie pourrait nous obliger à faire ce saut. Laisser enfin la vieille histoire et toutes ces bagarres de cour de récréation. Voir simplement ce que l’on peut faire ensemble pour s’en sortir joyeusement. En tant que conteur, j’espère participer un peu de ce « joyeusement », mais qu’on ne me parle plus de lien social ou je vous étrangle avec !
Sinon, il y a quand même des nouveautés et des projets, on n’est pas si aigris (même si dans la compagnie 2 intermittents sur trois ont perdu leur statut). On continue mais « plan plan Jeannette », un rythme d’humain quoi. Allez tiens, j’ai déjà trop causé, salut les humains ! Amusez-vous bien. Si c’est la fin du début, on ne devrait pas tarder à entrer dans le vif du sujet…

Marco Bénard

Tout beau, tout neuf ! Bientôt…

Enfin ! Le chantier va bientôt toucher à sa fin et le nouveau site devrait être opérationnel en Septembre ! Tout beau, tout neuf !
Vous aviez sûrement remarqué que depuis fin 2006, le site marcobenard.com était quasi périmé suite à un total abandon… Bien sûr, on peut dire des choses du genre : le site était en reconstruction, nous avions d’autres priorités, un calendrier trop chargé, etc. Même si tout ça est exact, ce n’est pas tout à fait la vérité…
En fait, depuis fin 2006, j’ai été pris d’une furieuse envie de me taire ! Quel délice que de redécouvrir le bonheur du silence ! Le problème, c’est que ce silence ressemble fort à de l’absence alors que le jeu habituel de la communication demande à ce que l’on fasse « parler de soi ». Résultat : un grand vide virtuel ! Bip, bip, bip…
Se taire pour un conteur parait tout à fait paradoxal, mais, d’où viennent les histoires, les idées, les projets sinon du silence ? Si on s’abandonne à sa démesure, le silence est immense et fécond. Ses fruits aujourd’hui, mûrissent avec la belle saison : nouvelles idées, nouveaux projets et donc nouveau site Internet.
Par exemple :

  • White Spirit, contes mystiques mi-raisins. Créé pour les 20 ans de « Des croches et la lune », c’est un édifiant déambulatoire conté et musical. (Et aussi une bonne occasion pour voir si les programmateurs osent sortir des sentiers battus).
  • C’est gentil d’être Vénus, des histoires sur l’amour… Une création qui prend le temps de naître et de se peaufiner. Avant première, sans doute en octobre.
  • Et après ? Des contes sur la mort (et après aussi ?!) autour d’un projet de documentaire.
  • Touma, un projet de spectacle intergalactique qui évolue (vu qu’on a pas un radis et c’est pas prêt de s’arranger) vers une bande dessinée…
  • Stages et formations
  • Blogs et espaces de discussion

Voilà du neuf donc, qui va se mettre en place piano piano (mes excuses à ceux qui attendent impatiemment). Si tout va bien, vous trouverez aussi dans ce site toutes les infos sur les spectacles de contes, l’agenda des tournées (toujours pas à jour mais ça vient), des extraits audio (les vidéos suivront bientôt) et une multitude de photos. Je vous invite à venir vous balader sur ce petit bout de toile dès la rentrée.
En attendant, il fait si beau dehors… Je vous souhaite un bel été !

Marco

Conte au dedans

On se raconte tous des histoires. Du genre : « Ce coup ci, j’y vais je lui parle. Faut que je sache, sinon je vais devenir chèvre. Je suis vraiment débile de pas oser, bon je vais boire un cul sec une gnole et hop…Mince voilà Madame Michu, elle c’est une vraie sorcière, vaut mieux attendre. Quel con d’avoir encore hésité tout à l’heure c’était vraiment le moment idéal. Je suis un âne ».

Parfois une chèvre et une sorcière et un âne se promènent dans le discours intérieur avec lequel nous tissons jour après jour l’histoire de notre existence.

Parfois on perd le fil de cette histoire souvent même on oublie que c’est nous même qui racontons l’histoire et on abandonne la suite à d’autres scénaristes plus persuasifs ou à des idéologies plus rassurantes. D’autres fois, on renonce à raconter notre propre histoire pour vivre d’autres histoires par procuration dans des films, des romans, ou des contes ?

Alors dans tout ce micmac intérieur, à quoi servent les contes ?

A nous embrouiller un peu plus ?

En un sens, on peut répondre oui !

Ça fait toujours du bien de briser le carcan de nos certitudes. (J’ai trouvé cette phrase pas plus tard que tout à l’heure, à la lueur d’une chandelle éteinte, en lisant le journal du lendemain plié en quatre dans ma poche). Et puis, écouter ou raconter des histoires (ce qui revient au même) nous aide à nous reconnecter avec notre histoire, renouer le fil , retrouver la liberté et cette sensation immense que tout est possible et la joie du jeu qui en découle…

Sentir que ce jeu est finalement plus important que l’histoire elle même. Et du jeu au je, il n’y a qu’un pas. Car l’histoire n’est qu’un objet. Nous sommes celui qui goûte, qui écoute, qui sens, qui joue : Le sujet.

Et du sujet au sujet ultime, il y a moins qu’un pas, pas même l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Nimesha, Unmesha (jeu de Shiva passant de la différenciation à l’indifférenciation).

C’est tout le bonheur que je vous souhaite.

Marco Bénard

PS : Le site est en chantier vous aviez remarqué ? Revenez faire un tour à la fin avril, il va y avoir du nouveau : un printemps virtuel !