Edito - Remettre le conteur à zéro !

Vous n’aviez peut-être pas remarqué … Depuis près de 3 ans, ce site internet  n’avait pas été mis à jour ! Le conteur portant le nom de Marco Bénard a continué à conter et à tourner ici ou là, mais il semble avoir cessé de communiquer. Rien, aucune date annoncée, aucun événement exceptionnel et surtout aucun projet ! Comment est-ce possible ?

Aujourd’hui tout artiste se doit d’être un artiste en projet. Que dis-je, tout homme, toute femme, tout enfant de notre époque moderne se doit d’avoir un projet ! Quel est votre projet de vie ? Quel projet avez-vous en tant que mère ? Quel est le projet éducatif de vos enfants ? Inexorablement, sans presque nous en rendre compte voire le plus souvent avec notre assentiment, notre vie s’est organisée et temporalisée selon la logique efficiente des plans de développement d’entreprise. Il faut des buts, des attentes, des prévisions, des objectifs chiffrés, des résultats et des bilans précis. Vivre tout simplement ? C’est dépassé ! Aujourd’hui, on optimise nos existences, on pilote notre projet individuel et familial, on affine la gestion de nos objectifs de vie…

Non seulement, ce langage manque cruellement de poésie, mais surtout il est la marque définitive de la folie qui consiste à objectiver à un point tel la réalité (tout doit pouvoir être chiffré!) qu’au final, le sujet se trouve totalement seul et déconnecté de toute possibilité d’interaction. Pris au piège d’une représentation du monde issue de la mentalité comptable, l’existence se décline en pertes et profits, échecs ou réussites, in ou out. Fini les odeurs fortes, la merde et le vomi, le vent dans les yeux ou le froid piquant, exit l’humaine et hasardeuse condition et les frottements contre nos semblables… Bienvenue dans le moderne, clean, aseptisé, contrôlé, sécurisé, optimisé… Il y a peu, on a cru bon de faire naître les humains dans des hôpitaux. Bientôt, ce sera le cadre rêvé pour notre vie entière.

Et la mort ? Quel est votre projet de mort ? Tiens voilà quelque chose dont on ne parle guère. C’est normal. Dans la logique marchande qui est devenu notre fondement civilisationnel et individuel, la mort est une perte sèche, irréparable et qui plus est imprévisible. Résultat, cette réalité est tue, cachée, oubliée… Pourtant, sa prise en compte véritable, elle seule nous permet de démasquer l’imposture de l’existence projetée et pilotée qui nous est vendue comme inséparable de la modernité. Qui dira la valeur de la vulnérabilité, de la déroute, de la décomposition, de la perte de contrôle, de l’abandon de toutes prétentions ?

Tout cela nous fait si peur, que nous parlons, pensons, agissons sans répit. Regardez le monde : recouvert de discours bitumeux et de concepts bétonnés, croulant sous nos déchets et nos zones artisanales, découpé en zones aménagés et zones à aménager. Et on continue d’affirmer qu’il en faut davantage : du développement, de la modernité, du progrès ! Moins, moins, moins est le seul slogan vraiment radical.

La manière actuelle de penser le monde est au fond une gigantesque escroquerie. Sous des aspects posés, réfléchis et contrôlés, se cache en vérité un esprit petit, inquiet et surtout attaché à la défense de ses propres intérêts, donc ni logique ni raisonnable. Ainsi nous continuons à brûler nos dernières réserves d’énergie fossiles sans même anticiper la pénurie annoncée ni prendre en compte la réalité du réchauffement climatique. Bref, avec rigidité, froideur et aveuglement, nous maintenons le cap d’une civilisation qui se veut mondiale et le deviendra effectivement par son naufrage inéluctable.

Je vous entend déjà : Si c’est pour dire de pareilles choses, j’aurai mieux fait de garder le silence ! Mais attendez, un naufrage inéluctable n’est pas une mauvaise nouvelle. La mortalité de nos sociétés est une réalité réjouissante. Et quoi de plus propice à l’invention, la création et la poésie qu’un monde en crise où chacun s’essaie à trouver concrètement de nouvelles pistes. Voilà pourquoi, je me réveille après un si long sommeil virtuel. Juste pour dire coucou, tout bouge, restez à l’écoute !

Par contre, je n’annoncerai pas de nouveau projet donc et je ne mettrai en avant aucune prétention à renouer le lien social ou autres fadaises de technocrates. Le discours sur le discours, le discours sur les actes, le discours sur les intentions, me paraissent être les symptômes les plus avancés de la maladie de notre époque. On se regarde le nombril et on commente. Voyez : c’est ce que je suis en train de faire ! Malgré les nombreuses gifles déjà reçues, je continue le même cinéma futile. Il est temps de me taire pour de bon. Conteur à zéro !

Marco Bénard

PS : le calendrier a été mis à jour ! Une nouvelle cuvée de contes est prête à la dégustation : des contes coquins et épicés ! Certains parlent d’une avant première à Lavaurette le 12 avril 2013…

Comme toujours, nous sommes prêts pour toutes les aventures !